Un arrêt de travail pour raison de santé bouleverse votre quotidien professionnel et soulève des inquiétudes légitimes concernant vos droits futurs. Près de 5,9 millions d’assurés du régime général ont bénéficié d’indemnités journalières en 2023, ce qui démontre l’ampleur de cette problématique. La validation des trimestres pendant ces périodes d’inactivité constitue un enjeu majeur pour votre pension, mais les mécanismes restent méconnus de nombreux salariés. Comprendre précisément comment vos périodes de maladie sont comptabilisées vous permettra d’anticiper l’impact sur votre future retraite et d’éviter les mauvaises surprises au moment de liquider vos droits.

Le calcul des trimestres d’assurance vieillesse pendant les périodes de maladie

Le système français de retraite distingue plusieurs catégories de trimestres qui n’ont pas toutes le même poids dans le calcul de votre pension. Cette distinction est fondamentale pour appréhender correctement l’impact de vos arrêts maladie sur vos droits futurs. Le régime général applique des règles précises qui permettent aux assurés de ne pas perdre leurs droits pendant les périodes d’incapacité temporaire, tout en maintenant un équilibre financier du système.

La validation des trimestres par les indemnités journalières de la sécurité sociale

Lorsque vous percevez des indemnités journalières versées par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, ces sommes ouvrent droit à la validation de trimestres d’assurance vieillesse. Ce mécanisme protecteur garantit que votre carrière ne soit pas pénalisée par un aléa de santé. Chaque période de 60 jours d’indemnisation vous permet de valider un trimestre, indépendamment du montant perçu. Cette règle s’applique aussi bien aux arrêts pour maladie ordinaire qu’aux affections de longue durée, créant ainsi un filet de sécurité pour l’ensemble des salariés affiliés au régime général.

Le seuil de revenus SMIC pour l’acquisition d’un trimestre en arrêt maladie

En 2025, le seuil de validation d’un trimestre est fixé à 1 782 euros bruts d’indemnités journalières perçues. Ce montant correspond à environ 150 heures rémunérées au SMIC horaire, soit l’équivalent d’un mois de travail à temps plein. Il s’agit d’un critère alternatif qui peut vous permettre de valider un trimestre même si vous n’atteignez pas les 60 jours d’indemnisation. Cette double condition offre une flexibilité bienvenue, particulièrement pour les salariés qui alternent entre périodes travaillées et arrêts de courte durée tout au long de l’année civile.

La distinction entre trimestres cotisés et trimestres assimilés en cas de maladie

Les trimestres validés pendant un arrêt maladie sont qualifiés de « trimestres assimilés », par opposition aux « trimestres cotisés » qui résultent directement de votre activité professionnelle. Cette différence technique a des conséquences pratiques importantes. Les trimestres assimilés comptent pour déterminer si vous atteignez la durée d’assurance nécessaire au taux plein, mais ils ne génèrent pas de cotisations vieillesse. Concrètement, vous validez des trimestres pour l’ouverture de vos droits sans pour autant contribuer financ

financièrement au régime. En d’autres termes, vos trimestres maladie améliorent votre durée d’assurance pour éviter la décote, mais n’augmentent pas le montant de votre Salaire Annuel Moyen (SAM) puisque les indemnités journalières ne sont pas prises en compte dans le calcul de vos 25 meilleures années. C’est un peu comme si l’on comptait le temps passé sur la route pour atteindre une destination, sans pour autant ajouter d’essence dans le réservoir : vous avancez dans la durée d’assurance, mais vous ne « remplissez » pas vos droits en euros.

Le plafonnement annuel à quatre trimestres validés par année civile

Que vous soyez en activité, en arrêt maladie ou en chômage indemnisé, vous ne pouvez jamais valider plus de quatre trimestres par année civile pour votre retraite de base. Ce plafonnement s’applique également aux trimestres assimilés pour maladie. Ainsi, même si vos indemnités journalières couvrent plus de 240 jours dans l’année (4 x 60 jours), vous ne validerez pas un cinquième trimestre. Le système est donc conçu pour maintenir une cohérence avec une année de travail « classique ».

Cela signifie aussi qu’en cas de cumul de plusieurs événements la même année (activité salariée, arrêt maladie, chômage), l’Assurance retraite ne retiendra que quatre trimestres au maximum. Les trimestres sont alors hiérarchisés selon des règles précises, en privilégiant en général les périodes cotisées, puis les périodes assimilées. Si vous êtes souvent en arrêt maladie, il est donc important de vérifier comment ces périodes s’imbriquent dans votre relevé de carrière, notamment sur les années charnières proches de votre départ à la retraite.

Les différents types d’arrêts maladie et leur impact sur la validation des trimestres

Tous les arrêts de travail ne se valent pas pour la retraite. Selon qu’il s’agit d’une maladie ordinaire, d’une affection de longue durée (ALD) ou d’un accident du travail, les règles de validation des trimestres et la durée possible d’indemnisation évoluent. Comprendre ces différences est essentiel pour anticiper l’impact réel de vos arrêts sur votre durée d’assurance vieillesse. Vous verrez qu’un même nombre de jours d’arrêt peut produire des effets très différents selon la nature médicale et administrative de votre dossier.

La maladie ordinaire et le versement des indemnités journalières par la CPAM

En cas de maladie dite « ordinaire » (grippe sévère, opération chirurgicale non liée au travail, dépression, etc.), votre médecin prescrit un arrêt de travail qui est transmis à votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Après un délai de carence de trois jours, vous pouvez percevoir des indemnités journalières, sous réserve de remplir les conditions de cotisation (150 heures travaillées sur les 90 jours précédents ou seuil de rémunération sur les six derniers mois). Tant que vous touchez ces indemnités, vos trimestres de retraite peuvent être validés.

Pour la retraite, l’élément clé n’est pas la cause précise de la maladie, mais la durée indemnisée. Chaque tranche de 60 jours indemnisés par la CPAM vous ouvre droit à un trimestre assimilé, dans la limite de quatre par an. Toutefois, si votre arrêt maladie ordinaire se prolonge au-delà de 12 mois sur une période de trois ans, le versement des indemnités peut s’interrompre, ce qui bloque aussi la validation de nouveaux trimestres. D’où l’importance de suivre la date de fin de vos droits aux indemnités journalières afin d’éviter des « trous » imprévus dans votre carrière.

L’affection de longue durée (ALD) et les règles spécifiques de comptabilisation

Lorsqu’une maladie est reconnue comme Affection de Longue Durée (ALD), le cadre change sensiblement. L’ALD concerne des maladies graves et chroniques (cancer, sclérose en plaques, diabète compliqué, insuffisance cardiaque sévère, etc.) nécessitant un suivi long et coûteux. Sur le plan médical, elle permet une prise en charge à 100 % des soins liés à la pathologie ; sur le plan indemnisation, elle prolonge la durée maximale de versement des indemnités journalières jusqu’à trois ans continus. Pour vos trimestres de retraite, cela signifie que vous pouvez continuer à valider des trimestres assimilés pendant une durée beaucoup plus longue qu’en cas de maladie ordinaire.

En pratique, les règles de validation restent les mêmes : un trimestre tous les 60 jours indemnisés, dans la limite de quatre par an. La différence réside dans la continuité de vos droits. Une ALD permet d’éviter une rupture brutale de l’indemnisation au bout d’un an, ce qui peut être décisif pour préserver votre durée d’assurance. Vous vous demandez si votre pathologie relève d’une ALD ? C’est votre médecin traitant qui en fait la demande auprès du médecin-conseil de l’Assurance maladie, via un protocole de soins. Sans cette reconnaissance, vos droits à indemnisation – et donc vos trimestres validés – peuvent être plus limités.

L’arrêt maladie pour accident du travail ou maladie professionnelle

Si votre pathologie est directement liée à votre activité professionnelle (accident du travail ou maladie professionnelle), les règles de prise en charge sont plus protectrices. Les indemnités journalières sont versées sur une base plus élevée que pour une maladie ordinaire, et ce, jusqu’à la consolidation de votre état ou votre guérison. Pour la retraite, chaque période de 60 jours indemnisés au titre d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle valide également un trimestre assimilé, toujours dans la limite de quatre par an.

La grande différence réside plutôt dans les droits « après » l’arrêt. En cas de séquelles, vous pouvez bénéficier d’une rente pour incapacité permanente, qui vous permettra de continuer à valider des trimestres sans activité, ou encore d’un départ en retraite anticipée pour incapacité permanente, avec un taux plein automatique. C’est un peu comme si le système reconnaissait explicitement que votre carrière a été brisée par le travail lui-même, et non par un aléa extérieur. D’où l’enjeu, lorsque cela est justifié, de faire reconnaître une maladie professionnelle ou un accident du travail plutôt qu’une simple maladie.

La consolidation médicale et ses conséquences sur l’acquisition des trimestres

La consolidation est un terme médical et juridique qui désigne le moment où votre état de santé est considéré comme stabilisé, même si des séquelles persistent. À partir de cette date, les indemnités journalières cessent généralement d’être versées, et d’autres dispositifs peuvent prendre le relais : pension d’invalidité, rente d’accident du travail, reprise à temps partiel thérapeutique, etc. Pour votre retraite, cette date de consolidation marque souvent la fin de la validation automatique de trimestres par les indemnités journalières.

Concrètement, les jours d’arrêt postérieurs à la consolidation ne valident plus de trimestres au titre de la maladie. En revanche, si vous percevez ensuite une pension d’invalidité ou une rente pour incapacité permanente, ces nouvelles prestations peuvent à leur tour générer des trimestres assimilés (selon des règles spécifiques que nous verrons plus loin). On peut voir la consolidation comme un « pivot » entre deux régimes de droits sociaux : avant, vos arrêts de travail sont gérés comme une incapacité temporaire ; après, vous entrez potentiellement dans un régime d’invalidité ou d’incapacité de plus long terme, avec des effets durables sur votre retraite.

Les conditions d’attribution des trimestres assimilés pour maladie

Obtenir des trimestres assimilés pour maladie ne se fait pas automatiquement dès que vous êtes en arrêt. Le législateur a fixé des conditions précises, à la fois en termes de durée, de justificatifs et de nature des prestations perçues. Si ces conditions ne sont pas remplies, vos périodes d’arrêt peuvent ne jamais apparaître dans votre relevé de carrière. Pour éviter les mauvaises surprises, il est donc essentiel de connaître ces règles et de conserver les bons documents tout au long de votre maladie.

Le délai de carence de trois jours et son exclusion du décompte

Au début d’un arrêt de travail pour maladie ordinaire, un délai de carence de trois jours s’applique avant le versement des indemnités journalières par la CPAM. Durant ces trois jours, vous ne touchez pas d’indemnités (sauf complément éventuellement maintenu par votre employeur ou par un contrat de prévoyance). Or, pour la retraite, seuls les jours indemnisés par la Sécurité sociale sont pris en compte dans le calcul des périodes de 60 jours. Les trois jours de carence sont donc exclus du décompte des trimestres assimilés.

Concrètement, si votre arrêt dure 62 jours mais que seules 59 journées donnent lieu à indemnisation (en raison du délai de carence), vous ne validez pas encore un trimestre. Il vous manquera une journée indemnisée pour atteindre le seuil. Cette subtilité explique pourquoi certains assurés pensent, à tort, avoir acquis plus de trimestres que ceux qui figurent finalement sur leur relevé de carrière. En pratique, pour chaque arrêt, ce sont les dates d’indemnisation figurant sur les relevés de la CPAM qui font foi, pas la seule durée de l’arrêt prescrit par le médecin.

L’attestation de versement des indemnités journalières comme justificatif obligatoire

Pour que vos trimestres assimilés pour maladie soient pris en compte par l’Assurance retraite, la Caisse de retraite se base sur les informations transmises par l’Assurance maladie. En principe, ce flux est automatisé. Cependant, des erreurs ou des absences de transfert peuvent survenir, notamment pour d’anciens arrêts ou pour des situations complexes (changement de caisse, déménagement, multi-employeurs). Dans ces cas, l’attestation de versement des indemnités journalières délivrée par la CPAM devient votre pièce maîtresse.

Ce document récapitule les périodes exactes d’indemnisation, le nombre de jours et les montants versés. Il sert de « preuve » auprès de la CARSAT si vous constatez des trous dans votre relevé de carrière. Il est donc fortement conseillé de conserver soigneusement ces attestations, au même titre que vos bulletins de salaire. Vous n’en voyez pas l’utilité aujourd’hui ? Imaginez dans 20 ans, au moment de la liquidation de vos droits : ce sont souvent ces justificatifs qui permettent de récupérer un ou deux trimestres manquants, suffisants pour éviter une décote définitive.

La durée minimale de 60 jours d’indemnisation par trimestre civil

Pour valider un trimestre assimilé pour maladie, la règle de base est celle des 60 jours d’indemnisation par la Sécurité sociale. Il ne s’agit pas obligatoirement de 60 jours consécutifs, mais de 60 jours cumulés sur l’année civile pendant lesquels vous avez perçu des indemnités journalières. Ainsi, plusieurs arrêts de courte durée peuvent s’additionner pour atteindre ce seuil. En revanche, on ne parle pas de « trimestre civil » au sens strict (janvier-mars, avril-juin, etc.) : le calcul se fait sur l’ensemble de l’année, avec au maximum quatre trimestres acquis entre le 1er janvier et le 31 décembre.

Par exemple, si vous êtes en arrêt 30 jours en février puis 35 jours en octobre, vous aurez cumulé 65 jours indemnisés dans l’année, ce qui vous donnera droit à un trimestre. Pour obtenir deux trimestres, il faudra atteindre 120 jours, et ainsi de suite. C’est un fonctionnement assez proche d’un compteur kilométrique : chaque journée indemnisée ajoute une « unité » jusqu’à atteindre le prochain palier de 60 jours. D’où l’intérêt, lorsque vous multipliez les arrêts courts, de suivre le cumul annuel plutôt que de regarder chaque arrêt isolément.

La déclaration et le suivi des trimestres maladie auprès de l’assurance retraite

La validation de vos trimestres maladie ne s’arrête pas au simple versement des indemnités journalières. Encore faut-il que ces périodes apparaissent correctement sur votre relevé de carrière. Vous avez un rôle actif à jouer : vérifier, signaler les anomalies et, si besoin, demander une régularisation. Sans ce suivi, certains trimestres assimilés peuvent passer « sous les radars » et réduire, à votre insu, votre durée d’assurance totale.

Le relevé de carrière en ligne sur le compte Info-Retraite

Votre principal outil de contrôle est votre relevé de carrière, accessible à tout moment sur votre compte en ligne via le portail info-retraite.fr ou le site de l’Assurance retraite. Ce document récapitule, année par année, vos salaires soumis à cotisations, ainsi que le nombre de trimestres validés, y compris les trimestres assimilés pour maladie, chômage, maternité, etc. Les périodes d’arrêt maladie n’y figurent pas toujours en toutes lettres, mais leur effet se voit à travers le nombre de trimestres validés pour l’année concernée.

Il est recommandé de consulter ce relevé régulièrement, par exemple tous les 2 à 3 ans, et systématiquement après une longue période d’arrêt maladie ou de chômage. Vous identifierez ainsi rapidement les années où le nombre de trimestres semble inférieur à ce que vous attendez. Vous hésitez sur l’interprétation des données ? Vous pouvez comparer les années de forte absence avec les relevés que vous fournit la CPAM pour vérifier si les jours indemnisés correspondent bien aux trimestres figurant sur votre carrière.

La régularisation des périodes de maladie non inscrites au relevé individuel

Si vous constatez qu’une période de maladie indemnisée n’a pas été prise en compte (ou l’a été partiellement), vous pouvez demander une régularisation à votre CARSAT ou à votre caisse régionale compétente. La procédure consiste à adresser un courrier ou une demande en ligne, accompagné des justificatifs nécessaires : attestations d’indemnités journalières, notifications de pension d’invalidité, décisions de rente d’accident du travail, etc. Plus vous fournissez de documents précis (dates de début et de fin d’arrêt, nombre de jours indemnisés), plus le traitement de votre dossier sera rapide.

Dans la majorité des cas, la régularisation permet de rajouter un ou plusieurs trimestres manquants sur votre relevé. Ces trimestres peuvent faire la différence entre un départ à la retraite à taux plein ou avec décote, ou encore entre deux dates possibles de départ. Ne sous-estimez donc pas l’intérêt de cette démarche, même s’il ne s’agit « que » d’un trimestre ou deux : sur toute la durée de votre retraite, l’impact financier peut être significatif. En cas de doute, vous pouvez aussi solliciter un rendez-vous avec un conseiller retraite pour vous aider à préparer votre demande.

Les démarches de contestation auprès de la CARSAT en cas d’anomalie

Si, malgré une demande de régularisation, vous estimez que vos droits n’ont pas été correctement pris en compte, vous avez la possibilité de contester la décision de votre caisse de retraite. La première étape consiste à saisir la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CARSAT, dans un délai de deux mois à compter de la notification de décision. Vous y exposez précisément le litige (par exemple : trimestres maladie non pris en compte entre telle et telle date) et joignez à nouveau vos pièces justificatives.

La CRA rendra alors une décision motivée. Si celle-ci ne vous est pas favorable, vous pouvez ensuite saisir le pôle social du tribunal judiciaire (anciennement tribunal des affaires de sécurité sociale). Bien sûr, on n’en arrive pas là dans la majorité des situations, mais savoir que cette voie existe vous donne un levier supplémentaire pour faire respecter vos droits. Là encore, vos attestations de versement d’indemnités journalières et votre relevé de carrière seront au cœur du débat : ils constituent la base factuelle sur laquelle le juge s’appuiera pour trancher.

L’articulation entre trimestres maladie et autres dispositifs de validation

Vos trimestres de retraite ne proviennent pas uniquement de votre activité salariée. Chômage, invalidité, congé maternité, arrêt maladie… autant de dispositifs qui peuvent se combiner tout au long d’une carrière, parfois de manière complexe. Comment les trimestres maladie s’articulent-ils avec ces autres périodes ? Quelles priorités sont appliquées lorsqu’ils se chevauchent dans le temps ? Comprendre cette mécanique vous permet de mieux lire votre relevé de carrière et d’anticiper vos droits, surtout si votre parcours professionnel est haché.

Le cumul avec les périodes de chômage indemnisé par pôle emploi

Les périodes de chômage indemnisé par Pôle emploi permettent elles aussi de valider des trimestres assimilés, sur la base d’un trimestre par période de 50 jours indemnisés, dans la limite de quatre trimestres par an. Il arrive qu’un arrêt maladie soit suivi immédiatement par un licenciement, puis par une période de chômage indemnisé ; ou, à l’inverse, qu’un demandeur d’emploi tombe malade pendant son indemnisation chômage. Dans ces configurations, vous pouvez cumuler, en théorie, des droits issus de l’arrêt maladie et du chômage sur la même année civile.

Cependant, comme le plafond reste de quatre trimestres par an, l’Assurance retraite doit arbitrer. En général, les trimestres se cumulent jusqu’à atteindre ce plafond, sans que vous puissiez en acquérir davantage. Autrement dit, si vos arrêts maladie vous ont déjà permis d’atteindre quatre trimestres dans l’année, la période de chômage indemnise votre revenu mais ne vous ajoutera pas de trimestres supplémentaires pour la même année. C’est un peu comme si plusieurs robinets remplissaient un même réservoir limité : une fois plein (quatre trimestres), l’eau supplémentaire ne peut plus y entrer.

L’incidence de la pension d’invalidité sur le décompte des trimestres retraite

Lorsque votre capacité de travail est durablement réduite et que vous ne pouvez plus exercer votre activité dans des conditions normales, la Sécurité sociale peut vous attribuer une pension d’invalidité. Cette situation est fréquente après une longue maladie ou à la suite d’un accident du travail grave. Pour la retraite, la pension d’invalidité ouvre droit à des trimestres assimilés, même si vous ne travaillez plus, tant que vous percevez cette pension. C’est un mécanisme essentiel pour éviter une rupture complète de vos droits à la retraite.

Chaque trimestre civil au cours duquel vous touchez une pension d’invalidité peut être validé comme trimestre d’assurance, dans la limite de quatre par an bien sûr. Attention toutefois : si vous cumulez pension d’invalidité et activité salariée, ou pension d’invalidité et chômage indemnisé, l’ensemble de ces périodes reste soumis au plafond de quatre trimestres par an. L’invalidité se substitue en quelque sorte aux arrêts maladie lorsqu’ils ont pris fin, mais poursuit le même objectif : maintenir un socle de droits retraite malgré une capacité de travail réduite.

La transition vers la retraite pour inaptitude après une longue maladie

Après une longue maladie, certains assurés sont déclarés inaptes à tout emploi par le médecin du travail ou le médecin-conseil de la Sécurité sociale. Cette inaptitude peut permettre un départ à la retraite à taux plein dès l’âge légal, même si tous les trimestres ne sont pas réunis. Dans certains cas, notamment en cas d’inaptitude ou d’incapacité d’origine professionnelle, il est possible de partir deux ans avant l’âge légal ou d’ouvrir un droit automatique au taux plein.

La retraite pour inaptitude constitue une forme de « passerelle » entre le monde de l’invalidité et la retraite classique. Tous les trimestres assimilés validés pendant la maladie, le chômage ou l’invalidité sont alors pris en compte pour calculer votre durée d’assurance. Même si vous n’atteignez pas la totalité des trimestres exigés pour votre génération, le taux plein peut vous être accordé de droit, sans décote. Pour vous, cela se traduit par une pension de base plus favorable que si vous étiez parti en retraite anticipée sans reconnaissance d’inaptitude. D’où l’importance, en fin de carrière, de faire le point avec votre médecin du travail et votre caisse de retraite si votre état de santé ne vous permet plus de travailler.

Les stratégies d’optimisation du nombre de trimestres pour un départ anticipé

Les trimestres maladie ne sont pas seulement un « filet de sécurité » ; ils peuvent aussi jouer un rôle stratégique dans un projet de départ anticipé à la retraite. Si vous envisagez une retraite pour carrière longue, un rachat de trimestres ou une retraite pour inaptitude, la manière dont vos arrêts maladie sont comptabilisés devient centrale. Comment tirer le meilleur parti de ces périodes sans nuire au montant de votre pension ? Comment arbitrer entre validation gratuite par maladie et rachat payant de trimestres ?

La retraite anticipée pour carrière longue et la prise en compte des trimestres maladie

Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet de partir avant l’âge légal si vous avez commencé à travailler jeune et validé un certain nombre de trimestres, dont un minimum de trimestres « cotisés ». Les trimestres assimilés pour maladie sont, dans ce cadre, pris en compte de manière limitée. En règle générale, seuls quatre trimestres au titre de la maladie sont retenus dans la durée d’assurance exigée pour bénéficier de ce dispositif. Au-delà, les trimestres maladie supplémentaires comptent pour le taux plein « classique », mais pas pour l’éligibilité à la carrière longue.

Concrètement, si vous avez connu plusieurs longues périodes d’arrêt maladie, vous pourriez remplir la condition de durée d’assurance totale pour le taux plein à 64 ou 67 ans, mais ne pas entrer dans le dispositif carrière longue faute de suffisamment de trimestres cotisés. C’est un paramètre à anticiper si vous vous projetez sur un départ avant l’âge légal. Vous vous demandez si vous êtes concerné ? Un bilan retraite personnalisé, réalisé dès la quarantaine, permet souvent de détecter ce type de situation et, le cas échéant, de mettre en place d’autres leviers (augmentation de la durée de travail, rachat de trimestres, maintien en emploi quelques années supplémentaires).

Le rachat de trimestres madelin versus la validation par arrêt maladie

Pour combler des « trous » dans leur carrière, certains assurés – notamment les indépendants ou anciens travailleurs non-salariés – envisagent un rachat de trimestres, parfois via un contrat Madelin ou un versement pour la retraite classique. Ce rachat est payant : en 2024, le coût d’un trimestre peut varier de 1 000 à plus de 6 000 euros selon votre âge, vos revenus et l’option choisie (rachat pour le taux seul ou pour le taux et la durée). Face à ces montants, la validation gratuite de trimestres assimilés par arrêt maladie peut sembler plus avantageuse… à condition de bien mesurer ce que couvrent réellement ces trimestres.

Les trimestres maladie n’augmentent pas votre Salaire Annuel Moyen, là où des trimestres rachetés peuvent améliorer à la fois votre taux et, indirectement, votre durée de cotisation utile. On pourrait comparer cela à deux manières de combler un trou dans un mur : l’une avec un enduit de surface (les trimestres assimilés, qui « complètent » la durée), l’autre avec une reconstruction plus solide (le rachat, qui ajoute à la fois durée et potentiel de pension). Dans une stratégie d’optimisation, il peut être pertinent d’utiliser d’abord tous les droits gratuits (trimestres maladie, chômage, maternité), puis, seulement si nécessaire, de recourir à un rachat ciblé de quelques trimestres manquants.

L’impact des réformes touraine et macron sur le calcul des trimestres assimilés

Les grandes réformes des retraites de ces dernières années, notamment la réforme Touraine (2014) et la réforme Macron (2023), ont surtout modifié l’âge légal de départ et le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le taux plein. Elles n’ont pas bouleversé le principe des trimestres assimilés pour maladie, mais en ont renforcé l’importance. En augmentant progressivement la durée d’assurance requise (jusqu’à 172 trimestres pour les générations les plus jeunes) et l’âge légal (64 ans pour les assurés nés à partir de 1968), ces réformes font des périodes assimilées un élément clé pour éviter la décote.

Concrètement, plus le nombre de trimestres exigés augmente, plus chaque trimestre assimilé pour maladie, chômage ou invalidité pèse dans la balance. Dans un système où il faut parfois plus de 43 années validées pour atteindre le taux plein, perdre un trimestre de maladie mal comptabilisé peut repousser d’un trimestre votre départ souhaité ou réduire définitivement votre pension. Les réformes récentes ont donc rendu le suivi de vos trimestres – y compris ceux acquis pendant vos arrêts maladie – encore plus stratégique. Prendre l’habitude, dès aujourd’hui, de vérifier votre relevé de carrière et de conserver vos attestations d’indemnités journalières, c’est vous donner les moyens d’aborder cette nouvelle donne en étant pleinement acteur de votre future retraite.